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La nationalité, une histoire de définition

Fin 2017 est sorti le livre d’Ada Marra, en collaboration avec l’illustrateur Denis Kormann, sur l’identité suisse et le processus de naturalisation. J’ai donc profité de cette belle occasion pour lui poser quelques questions.

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Comment est né cet ouvrage, Ada?
Il m’a semblé important de continuer la discussion entamée sur l’identité lors de la campagne sur la naturalisation facilitée de la 3ème génération. Qui fait partie de la famille. Qui le décide et comment. De plus, avec l’entrée en vigueur cette année de la nouvelle loi sur la nationalité qui durcit l’accès au passeport suisse pour les naturalisations ordinaires, je trouvais que c’était le bon moment de discuter de cette thématique.

Quel est le message que tu as essayé de donner?
Qu’il y a 1’000 façons d’être suisse et que toutes sont légitimes. Il me semble important de le répéter car nous vivons une situation de repli et crispation identitaire due à la globalisation. Or, le nationalisme, dans ces conditions, est une arme idéologique d’exclusion. Les nouveaux critères pour la naturalisation en sont la preuve. Il faudra désormais être riche et bien formé pour pouvoir prétendre demander le passeport suisse. On exclut donc les précarisés et peu formés. C’est humiliant non seulement pour les étrangers concernés, mais également pour les suisses qui sont dans une passe difficile économiquement et les 400’000 concitoyen.ne.s concerné.e.s par l’illettrisme.

Le terme suisse de souche est également à la mode. J’essaie de comprendre comment il est utilisé et pour quelle raison. Bref, j’interroge quelques faits.

Pourquoi cette thématique est importante à tes yeux?
Parce que, pour paraphraser Rosita Fibbi* dans la post face, l’identité de chacun.e est unique car composé de multi-appartenances propres. Enfant de migrant ou non. De droite ou de gauche. Hétéro ou homo. Croyant ou non.

Or, aujourd’hui nous assistons à une guerre idéologique pour nous faire croire que les suisses seraient tous les mêmes et avec des mêmes caractéristiques. Et je pense qu’une lecture critique des discours qui sont donnés est essentielle. Il faut que chacun.e recommence à penser et que nous ne cédions pas aux chants des sirènes. Les fondamentalismes en tout genre apparaissent lorsque la parole de quelques-un.e.s est considérée sacrée et ne peut plus être remise en cause sans être voué aux gémonies. Ainsi, l’histoire de Guillaume Tell, ou le statut du pacte de 1291, par exemple.

Où et quand on peut trouver ton ouvrage?
Le livre est sorti le 18 décembre et se trouve en librairie.

*sociologue au Forum des études de migration à l’Université de Neuchâtel